Posted by on 30.6.2016

La blessure, fissure ouverte sur le corps, peut marquer pour le faible être humain la limite entre la vie et la mort, mais la blessure portée au fin fond de soi, autrement dit le traumatisme, peut parfois devenir une porte ouverte sur la créativité. Tout être humain porte son histoire, ses blessures et ses transferts. Taire les choses, refuser de les voir en face en particulier au nom du sentiment amoureux, fait souvent des dégâts durables. La faiblesse de notre chair, notre vaste et profonde capacité de mémorisation, notre tendance naturelle à garder gravés en nous tant physiquement que dans notre subconscient les traumatismes dont nous avons été atteints, plombent notre progression sur le chemin de la vie. Notre matérialité est ainsi comme un boulet qu’il nous faut traîner à notre pied. Cependant, la grisaille de la vie et le sentiment d’oppression qui nous accompagne ne nous empêchent pas d’éprouver parallèlement du bonheur : notre esprit peut alors s’ouvrir, d’où parfois même la chance de nous libérer des blocages inconscients qui nous empêchaient d’avancer tout en nous condamnant à des comportements répétitifs.

Le développement de soi passe par l’art, que nous laissions nos émotions monter en nous en tant que simples spectateurs ou que nous soyons nous-mêmes créatifs. L’art nous transmet le message de la nature profonde de l’Homme, celui de son aspiration à s’élever et à se tourner vers la lumière, tout en favorisant l’analyse de nos transferts et la possibilité de nous débarrasser de nos traumatismes. Zone grise entre le conscient et l’inconscient, l’espace où s’exerce notre créativité permet de révéler progressivement du matériel auquel nous aurons dès lors accès pour le modeler en toute conscience, trouvant là le moyen de modifier les schémas répétitifs qui affectaient notre comportement. A chaque seconde, partout dans le monde, se rejoue encore et encore sous une forme ou une autre, sous mille visages différents, le drame existentiel indissociable de la condition humaine. De même que l’univers est réputé tout à la fois infini et en expansion, le déroulement du temps au sein de l’espace sans bornes qu’est l’éternité nous crée des questionnements nouveaux. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les arts et les sciences innovantes sont sans cesse amenés à repousser plus loin leurs limites.

Les besoins essentiels de l’être humain ne sont pas nombreux : il nous faut respirer, manger, boire, uriner, déféquer, dormir, être en contact émotionnel comme tactile avec notre prochain, aimer et procréer dans le droit fil de la logique de la perpétuation de l’espèce. Si l’on ouvrait les êtres humains en deux, on s’apercevrait qu’ils sont tous semblables à l’intérieur. C’est aussi pourquoi il semble si absurde d’imposer aux hommes d’innombrables limitations de temps et d’espace, qui n’obéissent au fond qu’à une logique d’asservissement. L’art, lui, ne travaille jamais que pour la paix : c’est bien la culture et les arts qui sont la meilleure passerelle entre communautés, sociétés et civilisations. Ce rapprochement entre les hommes, l’argent et les armes n’y concourent par contre pas.

Kuutti Lavonen 2015

Traduction : René-Philippe Thomas